Un peu de lumière dans cette grisaille.

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Quand je regarde par la fenêtre et que je vois le temps plombé comme un cercueil, je me dis que la seule solution est de retourner sous la couette. Oui, mais voilà, ce n’est pas une option. Je fais quoi, alors ? J’ajoute mes larmes à la pluie, et mon cafard au brouillard ?

Ce pourrait être une idée, mais je ne suis pas sûre que ça arrange quoi que ce soit.

Je préfère donc combattre le mal par le mal. Pour être plus exacte, je vais me glisser dans cette ambiance morose et lui apporter un peu de lumière.

Et comme on est près du démarrage des fêtes de fin d’année, c’est une recette tout à fait de saison que je vous propose, qui servira de transition entre la pluie et la neige, entre les fantômes de Samhain et les lumières de Yule.

J’ai donc décidé de marier LE thé parfait pour les jours de brouillard, qui évoque l’humus, le bois humide, les champignons, le cuir : le puerh cuit… et LE fruit symbole de Noël pour moi : la mandarine. C’est bien simple, dès que je sens du puerh cuit, je me retrouve un jour d’automne humide, où on a juste envie de cocooner, emmitouflé dans une couverture, avec un livre et un thé. Et dès que je sniffe de la mandarine, je suis à Noël. En fait, je me fais des rails de mandarine !

La mandarine de puerh est une recette ancienne chinoise, que j’ai déjà présentée sur le blog (ici). Cette fois, je vais vous présenter ma recette maison. C’est très simple et beaucoup plus économique, bien que bien moins impressionnant qu’une vraie mandarine qui contient du thé puerh.

Ce ne sera pas une mandarine de puerh, mais du puerh à la mandarine (ou à l’orange).

Thé puerh conservé dans une mandarine, une recette traditionnelle chinoise.

Le seul ingrédient coûteux est… le temps.

La traque & la capture

La période de chasse à la mandarine – ou à l’orange, car les deux fonctionnent très bien pour cette recette – ne se fait normalement qu’en automne/hiver. Pour une infusion, il est impératif de les prendre bio, j’insiste, à moins de désirer se faire une tisane de pesticides.

Donc vous vous mettez en embuscade armé.e d’un filet à provisions, et quand vous voyez les agrumes arriver, feuille dessus/feuille dessous, vous leur sautez dessus pour les attraper. Attention, ces créatures ont parfois beaucoup de tonus et de répondant. Je connais des gens qui gardent des séquelles de leur dernière chasse. Mais passons.

Donc, vous avez capturé des agrumes.

Le dépeçage

Là, il va falloir les dépecer, puisque c’est leur peau, pardon, leur écorce, qui nous intéresse.

Le cœur de votre proie, vous le mangez pour prendre sa force, comme tout chasseur qui se respecte. N’oubliez pas de remercier votre victime de son sacrifice qui vous permettra de conserver de l’énergie. L’esprit des agrumes est en vous.

Vous pouvez même enterrer les pépins en rendant hommage à la vie de l’agrume, et perpétuer ainsi le cycle de la vie.

Bien. Retournons à nos écorces fraîches.

La momification

Résumons : vous avez capturé, dépecé, rendu les derniers hommages à votre victime. Vous disposez maintenant de sa peau, enfin, son écorce.

Vous recouvrez un plateau d’un torchon (propre, évidemment !), vous disposez dessus les morceaux d’écorce tels des guerriers tombés au combat, et vous les recouvrez d’un linceul (un torchon fera l’affaire, vu la taille des cadavres). Ensuite, vous ne les enterrez surtout pas, vous les exposez à l’air libre (mais recouverts de leur linceul pour qu’ils ne soient pas profanés par les insectes, la poussière, etc) et vous laissez faire le processus de momification. Vous pouvez, au choix, poser le plateau mortuaire sur le sommet d’un meuble (c’est plus discret et moins encombrant) ou bâtir une structure sur votre autel familial pour leur rendre hommage chaque jour. En hiver, un radiateur (chaud) est parfait comme autel dédié aux déesses Agrumes. Evitez la cuisine, les odeurs et la graisse risquent de polluer le parfum si subtil des momies. Une chambre, le salon (sauf si vous y brûlez régulièrement de l’encens ou si vous diffusez des huiles essentielles), conviennent beaucoup mieux au repos du guerrier.

Ecorces en cours de momification. On distingue les différents niveaux de séchage.

Et maintenant ?

Vous attendez. Vous laissez le Temps agir pour vous. Et vous retournez à votre misérable existence de larve humaine. Bref, vous allez bosser, vous sortez de votre lit alors qu’il fait froid, vous supportez les autres, etc.

Au bout de quelques jours, voire plusieurs semaines, suivant les conditions atmosphériques (température, degré d’hygrométrie, etc), vous pourrez retirer les momies de leur linceul. A ce moment, vous aurez devant vous des bandelettes séchées, racornies, ternies. (Voir photo ci-après)

Le sarcophage

Vous prendrez alors un sarcophage, de préférence non étanche. Les momies doivent pouvoir respirer. Si si.

Une boîte à chaussures conviendra parfaitement. Toutefois, si vous en avez un, un pot en terre non émaillé sera encore plus digne de leur rang. Je n’ai pas dit un pot de fleurs, je pensais à une jarre, mais si le pot est neuf, pourquoi pas ? Vous les placez dans la boîte ou le pot. Personnellement, je place un nouveau linceul, tout propre, dans le sarcophage, pour m’assurer que la poussière ou les insectes ne les atteindront pas dans leur demeure éternelle.

Vous pouvez ensuite sceller le sarcophage, soit avec un couvercle (de terre, de liège, de bois, mais pas de plastique, il faut un matériau respirant), soit avec un tissu fixé par un élastique (pas très noble, mais plus pratique). Les momies doivent pouvoir respirer, j’insiste !!

Le sarcophage et les momies dans leur linceul.

Soit vous les utilisez dès qu’elles sont prêtes, soit vous les oubliez jusqu’à l’hiver suivant. Eh oui. Sur les photos ci-dessus, la récolte de l’an dernier, plutôt orientée orange (et même bergamote) que mandarine. Je n’utilise pas de bergamote pour accompagner le puerh, je trouve que les deux se marient mal. Par manque de place, je stocke ensemble les écorces sèches de mandarine, d’orange, de citron, de bergamote.

Quand reviennent les maux de l’hiver (mal de gorge, cafard, etc), vous prenez une lamelle de momie, et vous l’ajoutez à votre puerh.

C’est la rencontre de la terre et du soleil, de Hadès et de Râ, de l’obscurité et de la lumière.

Préparation du remède anti-cafard

Ingrédients du rituel :

  • une lamelle de momie d’agrume

  • une pincée de thé de l’au-delà (puerh cuit)

  • eau très chaude (90°C)

Ustensiles :

  • une bouilloire

  • un chaudron (gaiwan)

  • un calice

 

Dans le chaudron, placer la lamelle de momie sur son lit de feuilles de thé.

Arroser et recouvrir le couple d’eau bouillante.

Laisser infuser plusieurs minutes.

Servir et laisser décanter dans un calice de terre sombre, rugueuse…

Déguster avec révérence.

Conseils de sommellerie :

Assaisonner d’Edgar Poe ou de H.P. Lovecraft. Comment ça, ce ne sont pas des lectures particulièrement anti-cafard ? Au contraire, quand on sort de ces récits, on se dit que notre vie est rudement belle et sympa, sans monstres ni horreurs indicibles !

Sentez-vous le parfum d’éternité du puerh ? Sentez-vous la force de la terre et l’énergie du soleil emmagasinée par les agrumes ?

 

 

Je vous laisse, ma bouilloire chante & mon livre m’appelle…

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