Education positive (3).

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Après avoir parlé des tasses et du thé, il était logique que je parle des textes. Le hic, c’est que la lecture m’est venue sans aucune difficulté. J’ai marché très tard (après 15 mois), j’ai eu un mal fou à apprendre à faire du vélo (je devais avoir 9 ans quand j’ai enfin su en faire), et j’ai essayé trois fois, mais en vain, d’apprendre à tricoter, mais je ne me souviens pas avoir appris à lire, comme si cet acte intellectuel complexe m’avait paru naturel. Bref, j’ai eu beaucoup de chance ! Quand je vois combien certains enfants ont du mal à apprendre à lire, je suis vraiment reconnaissante d’avoir franchi les étapes de la maîtrise du langage écrit sans souffrance aucune. Le côté négatif, si je puis dire, c’est que je ne me rends peut-être pas suffisamment compte à quel point un texte peut être ardu.

Les troubles de la lecture et du langage sont une réalité et s’avèrent très handicapants pour la scolarité et la vie quotidienne.

Cet article prend en compte ce fait, et les textes écrits peuvent très bien être lus par un adulte, ou écoutés (livres audio). La difficulté à déchiffrer et la capacité à comprendre sont deux compétences différentes.

Cela dit, « donner du vrai aux enfants » reste ma ligne directrice en matière de lecture comme de céramique ou de thé.

Bon, mes enfants commencent à être trop grands pour que je choisisse leurs lectures, mais je peux toujours leur en proposer et leur en faire découvrir.

Ce qui me met en rogne, c’est de voir, dans les supermarchés, les rayons des livres d’enfants, remplis de chips littéraires. Satisfaction immédiate, mais qu’est-ce qu’ils en retirent ? Ont-ils vraiment nourri leur esprit ?

Ont-ils voyagé ?

Ont-ils été bousculés ?

Remués ? Emus ?

Et non, les enfants ne doivent pas être limités aux séries « littéraires » adaptées de dessins animés ou télé (Coucou, Soy Luna, Miraculous, Yokai Watch). Ils sont tout à fait capables de comprendre et d’apprécier des romans non reliés à la télé ou au cinéma de quelque façon que ce soit.

« Vous voulez qu’ils lisent, ou qu’ils lisent de la qualité ? » m’a demandé un jour un libraire à qui je demandais conseil.

Les deux, mon capitaine.

Pourquoi se limiter à du poisson pané industriel, quand on peut avoir une limande meunière préparée sur place, à partir de poisson frais ?

Evidemment, si un enfant ne lit jamais, ou s’il est réfractaire (pour des raisons variées) à la lecture, le simple fait de le voir se plonger dans un livre est déjà une raison de se réjouir, et je ne connais aucun parent qui irait critiquer son choix de livre !

Mais rien n’empêche de l’amener, peu à peu, à des lectures plus consistantes. Dans ce but, la seule ligne de conduite que je me sois fixée avec mes enfants : laisser les enfants libres de leurs lectures (enfin, dans une certaine mesure), et leur montrer d’autres sujets, d’autres auteurs.

Comment faire aimer la lecture à ses enfants ?

Ah, LA question !! Quelques pistes seulement… Parce qu’il y a sûrement d’autres astuces auxquelles je ne pense pas, et que je serai très heureuse de connaître !

  1. lire soi-même, non pas pour jouer le-parent-qui-lit-parce-que-ça-fait-bien-et-qu’il-faut-montrer-le-bon-exemple, mais pour vivre le plaisir de la lecture.
  2. accorder de l’importance à la lecture et aux livres. Ne pas limiter le temps de lecture (sauf s’il est minuit, et que votre enfant est encore en train de lire… J’aime la lecture, mais la santé de mes enfants passe avant toute chose.)
  3. accepter que les livres puissent être abîmés parce qu’ils ont été lus 4,5,20 fois… Un livre doit être traité avec respect, comme tout objet, mais ce n’est pas un objet précieux comme une tasse de porcelaine.
  4. fréquenter la médiathèque.
  5. hanter les librairies en dur, pour pouvoir demander conseil et être au contact des livres, les toucher, les feuilleter. C’est le métier des libraires. Ne pas se limiter aux mastodontes type Amazon (c’est très pratique, mais on ne peut pas découvrir de nouveaux auteurs puisque les conseils de lecture se fondent sur ce qu’on a déjà cherché).
  6. accepter qu’il y ait des périodes sans lecture. La vie n’est pas faite que de lecture !
  7. partager ses lectures et les lectures de ses enfants. Lire les livres que nos enfants lisent, pour leur montrer que leurs choix sont judicieux aussi.
  8. ne pas demander de comptes rendus formels de lecture. Sinon, on est dans le devoir scolaire, le pensum, pas le plaisir !
  9. offrir des livres pour les anniversaires ou Noël, ou à d’autres occasions. On m’a dit un jour que c’était un cadeau original !!!! Alors que pour moi c’est la solution de facilité…
  10. faire du livre un lien adulte/enfant : dans notre famille, chaque enfant a droit à un livre de son choix par mois, plus une BD à chaque période de vacances. C’est un choix budgétaire (nous n’avons pas de console, nous avons un budget vêtements très restreint, par exemple). Je crois que je reproduis ce que ma grand-mère maternelle faisait pour moi : quand je l’accompagnais faire les courses, elle me disait systématiquement d’aller me choisir un livre…
  11. offrir, en plus, des livres que les enfants n’auraient pas choisis spontanément, même si ces livres doivent patienter des mois, voire des années, avant d’être découverts. Ne pas se mettre de barrière du type « c’est trop difficile pour lui/elle». Non. Quand on est motivé, curieux, on lit tout ce qui se présente.
  12. laisser traîner les livres dans la maison (enfin, pas toute la bibliothèque non plus), sur le canapé, sur la table basse, dans les toilettes (haut lieu culturel s’il en est).
  13. « cacher » des livres pendant quelque temps – les enlever de la vue – et les ressortir, pour l’effet « nouveauté ».
  14. parler de livres comme on parle d’autres sujets.
  15. en lire à ses enfants, même s’ils sont déjà grands. J’ai lu Les Royaumes du Nord à mes filles. La trilogie entière. Ça nous a pris un an, par petits bouts (lecture pendant le repas, comme dans les monastères). Un ami a lu à sa fille des passages de La Gloire de mon père, pour « qu’elle s’habitue à de beaux textes. »
  16. lire des livres papier. La lecture sur liseuse est très facilement assimilée à du surf par les enfants.

La terrible concurrence des écrans.

Ce cher Roald Dahl, créateur d’histoires plus prenantes les unes que les autres, considérait qu’il fallait prendre les enfants au sérieux, sinon ils finissaient devant la télévision. Et il disait aussi que celui qui aime lire a un immense avantage dans la vie, sans pour autant préciser ce fameux avantage… Dommage.

Je suis tout à fait d’accord avec lui sur ces deux points. Aimer lire est un immense avantage, même si je ne vais refaire ici la liste de ce qu’apporte la lecture.

En revanche, oui, si on prend les enfants et les ados pour des imbéciles dans les livres, ils les abandonnent pour la télévision ou tout autre écran. Il est vrai que R.Dahl n’a pas parlé des smartphones, tablettes et autres PC, puisqu’il est mort en 1990, mais je suis sûre que son avis n’en aurait été que conforté.

Oui,les écrans sont addictifs. Oui, ils peuvent faire disparaître, horreur ! le goût de la lecture. Disparaître ? Ou engourdir, anesthésier.

Et le pire avec les écrans, c’est la pression des pairs…

Je pense que le remède le plus efficace est de limiter le temps passé par les enfants devant les écrans, sans pour autant les interdire – ce qui les rendrait encore plus attractifs -, et de donner du temps et de la place à la lecture, quotidiennement.

Alors, la télé en fond sonore, jour et (presque) nuit, non, définitivement non.

Les ordinateurs, smartphones, tablettes, écrans reliés à internet en permanence, non, non, et non.

Que signifie donc « prendre les enfants au sérieux », quand on est un auteur ?

Je ne suis pas autrice (hélas), je suis lectrice, mais je sais ce que j’aime retrouver, et qui me fait dire que l’auteur n’a pas cherché seulement à maximiser ses ventes.

  • Une idée qui sorte de l’ordinaire ou un sujet déjà traité, mais avec un angle d’approche différent.
  • Un univers à part entière.
  • Un sujet qui ne soit pas l’adaptation d’une série télé ou d’une BD. Ce sont des mondes totalement différents, avec des exigences totalement incompatibles.
  • Un sujet qui ne se limite pas à des bluettes mièvres pour les filles, ou à des aventures hyper-testéronées pour les garçons.
  • Un sujet qui puisse toucher autant les filles que les garçons, même si certaines histoires sont plus susceptibles de plaire à l’un ou l’autre sexe.
  • Une langue soignée, travaillée. Je ne demande pas des imparfaits du subjonctif, mais je ne supporte pas les tournures orales familières employées à l’écrit : « J’aime pô ». Eh bien non. Autant je trouve Titeuf drôle en BD, autant en BD son langage approximatif ne me choque pas – c’est pour moi un des codes de ce genre littéraire -, autant dans un roman (collection Bibliothèque Rose), c’est inadmissible. Qu’on le veuille ou non, on mémorise les tournures rencontrées dans les textes. Alors autant stocker celles qui sont les plus correctes, les plus belles, non ? Et s’imaginer que les enfants ne sont pas capables de comprendre des phrases écrites dans un français standard, c’est les prendre pour des demeurés. Comme pour le thé, comme pour le goût, comme pour la beauté, les enfants sont capables d’apprendre, à condition qu’ils soient confrontés à des modèles exigeants.
  • Une histoire qui n’élude pas les sujets difficiles : la mort, la maladie grave, le harcèlement, la pollution, les tragédies historiques. Les enfants et les adolescents sont capables d’appréhender des concepts difficiles s’ils sont expliqués clairement. Et oui, une histoire peut être légère, mais les histoires pour enfants ne doivent pas se limiter au monde des Bisounours.
  • Une histoire qui contienne les émotions qu’on peut ressentir en réalité : la peur, l’amour, la tristesse, la joie, la colère, etc, avec les nuances existantes.
  • Des personnages qui ne soient pas forcément Super Gentils ou Super Méchants. Comme dans la réalité, chaque personnage est le produit de son histoire personnelle.

Propositions d’auteurs pour jeunes et moins jeunes.

Je ne suis pas une spécialiste de la littérature de jeunesse, cette liste sera donc forcément très incomplète et très très subjective.

> Pour les petits

La famille Souris, de Kazuo Iwamura. Très peu de texte, mais des illustrations très fouillées, d’une grande douceur.

De la petite taupe qui voulait savoir qui lui avait fait sur la tête, sur… les crottes.

Les comptines, pour le plaisir des sons

> Pour ceux qui débutent

La série Sami et Julie

> Pour ceux qui aiment les albums (j’en suis !!) :

Chris Van Allsburg, Le balai magique, Boréal Express, La reine du Niagara, Jumanji…

Claude Ponti, Le Nakakoué, Le doudou méchant, L’arbre sans fin, Le château d’Anne Hiversère…

Les P’tites Poules

> BD :

Astérix, Spirou et Fantasio, Le Marsupilami, Achille Talon, les Schtroumpfs et autres classiques

Mélusine

Le livre de Piik

La guerre des Lulus

Les enfants de la Résistance

Brindille

Les Légendaires

La rose écarlate

Le vent dans les saules

Thorgal

Blake et Mortimer

Alix

> Mangas :

Minuscules

Nana

Thermae Romae (mêle l’Antiquité romaine et le Japon contemporain, à travers la culture du bain).

Le gourmet solitaire

Le maître des livres

> Pour tous les âges, sous différentes versions :

les contes, légendes, les mythologies

la poésie

> Pour ceux qui savent déjà bien lire ou qui ont une grosse faim :

Astrid Lindgren, Fifi Brindacier

Michael Morpurgo, Le roi Arthur, Cheval de guerre, Robin des bois, Le royaume de Kensuke

Evelyne Brisou-Pellen, Le Manoir, Garin Trousseboeuf, Les protégées de l’empereur

Marie-Hélène Delval, Les chats

Stéphane Servant, Sirius

Philip Pullman, Les Royaumes du Nord

Harper Lee, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur

Les classiques de la littérature de jeunesse, si possible sous leur forme intégrale :

Roald Dahl, of course !! Ses histoires déjantées sont inoubliables.

Jack London, L’appel de la forêt, Croc-Blanc

Mark Twain, Tom Sawyer

Laura Ingalls, La petite maison dans la prairie (eh oui, ce sont des livres avant d’être une série télé cultissime des années 70-80-90-2000-2010, ou quelque chose comme ça).

Michel Tournier, Vendredi ou la vie sauvage

William Golding, Sa majesté des mouches

Shannon Messenger, Gardiens des Cités perdues

Daniel Pennac, L’oeil du loup, Cabot-Caboche, Kamo

Jean-Claude Mourlevat, L’enfant-océan, La balafre, La rivière à l’envers

 

… et encore tellement d’autres…

 

Bonne lecture ! Je vous laisse, ma bouilloire chante & mon livre m’appelle…

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