Education positive (2).

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Pourquoi le thé de qualité ne doit pas être réservé aux adultes, ni aux grandes occasions.

« Donner du vrai aux enfants », c’était le message du précédent article, sur la nécessité éducative de faire utiliser des ustensiles fragiles aux enfants.

De même pour le goût. Le goût et l’odorat s’éduquent comme l’apprentissage de la beauté et de l’élégance, notions éminemment subjectives, je vous l’accorde.

Un enfant qui n’a goûté que du chocolat au lait bas de gamme ou du chocolat blanc premier prix ne sera pas en mesure d’apprécier du chocolat noir, même de qualité. Pourquoi ? Parce que tous ses récepteurs olfactifs et gustatifs seront incapables de distinguer les arômes et saveurs variés sous l’amertume. Il ne percevra donc que l’amertume, un des goûts peu appréciés, pour une raison bien simple : c’est pour le corps un signal de danger, de très nombreux poisons étant amers…

D’autre part, l’enfant est naturellement attiré par le sucré. Le lait maternel est sucré, c’est une saveur réconfortante. Le hic, c’est que le sucré couvre toutes les autres saveurs.

Un enfant n’est pas capable d’apprécier un bon thé. Alors, à quoi bon lui en donner ?

C’est ce que certains adultes pensent. Les enfants n’ont pas besoin de qualité, c’est donner de la confiture à des cochons.

Je ne suis absolument pas d’accord avec cette vision des choses. « Donner du vrai aux enfants », c’est aussi leur faire découvrir, justement, la diversité des saveurs et des parfums des aliments et des boissons, leur faire prendre conscience que le thé, ce n’est pas juste une boisson chaude préparée à la va vite, en trempant une serpillière de brisures colorées au caramel et renforcées d’arômes synthétiques, dans un mug d’eau chauffée au micro-ondes, et qu’on aura encore plus dénaturée en y ajoutant du sucre, du miel, du lait, du citron, de la crème… Cette mixture peut réconforter, mais ce n’est pas du thé.

Ma princesse de 10 ans est accro au sucre. Et pourtant, après quelques semaines de gâteaux et douceurs peu sucrés (merci Marie Chioca ! ), elle a reconnu elle-même qu’elle trouvait sa pâte à tartiner d’avant (vous savez, celle avec plein de noisettes, de lait, d’huile et de sucre, et un tout petit peu de chocolat juste) bien trop sucrée. Elle n’ajoute pas de sucre dans la compote maison, ni dans son chocolat chaud. Elle a toujours son attirance pour le sucre – et la junk food – mais elle sait apprécier les plats peu sucrés. Preuve que le goût s’éduque.

En ce qui me concerne, j’ai remarqué que, pendant les périodes où je consomme beaucoup de café, mes papilles gustatives sont moins réceptives aux saveurs subtiles. J’ai envie de piment, de sucre, de sel.

En revanche, quand je me remets au thé, je recherche des goûts plus fins… et je suis à nouveau capable, au bout de quelques semaines de pratique intensive (c’est long, d’entraîner ses récepteurs olfactifs et gustatifs), de distinguer des parfums et des saveurs que je ne trouvais plus.

Comment faire découvrir le thé aux enfants ?

  • L’apprécier soi-même, s’y intéresser. C’est la règle de base pour tout domaine qu’on veut faire explorer à ses enfants !! Je suis incapable de faire aimer le tennis à mes loulous, parce que je ne supporte pas ce sport. En revanche, le vélo ou la marche, oui. Quant à la lecture, no comment.
  • Choisir des thés de qualité, en se rendant dans des magasins spécialisés avec eux, ou en commandant sur des sites dédiés, pas forcément les plus glamour ou bobos.
  • Leur proposer de goûter, voire de participer à la préparation.
  • Les laisser libres de ne pas vouloir goûter : on a le droit de ne pas aimer !
  • Transformer la séance en travail des sens : la vue (l’aspect des feuilles, la danse des feuilles, leur ouverture au fur et à mesure de l’infusion), le toucher (la texture, la rigidité ou la souplesse, l’épaisseur des feuilles sèches puis infusées) l’odorat (le parfum des feuilles sèches, puis de la liqueur), le goût (fruité, amer, frais, chocolaté, etc), l’ouïe (le son de l’eau sur les feuilles, puis du thé versé dans les tasses).

Eviter les thés aromatisés.

Les arômes utilisés sont tellement forts, la plupart du temps, qu’ils masquent le goût du thé. De plus, les thés en question sont des thés bas de gamme : l’aromatisation a été inventée pour rentabiliser les feuilles de mauvaise qualité… Sans compter que les arômes sont un désastre pour la santé de façon générale ! On n’éduque pas le goût avec de l’artificiel…

N’ajouter ni sucre ni lait dans le thé.

Je sais, je m’attaque à un gros morceau ! La plupart des consommateurs français aiment leur thé sucré, et moi de même, si on m’offre du thé premier prix en sachets, ou un thé à la menthe. Mais dans ce dernier cas, c’est autre chose, c’est une autre façon de préparer le thé.

Le sucre, le miel, le citron, le lait ou la crème dénaturent le goût du thé.

Et c’est vraiment du gâchis de les ajouter à des thés de qualité (oolongs, darjeelings, qimen, sencha, long jing, etc). Comme de couper le vin avec de l’eau.

L’amertume et l’astringence font partie du thé, etr vouloir les éviter, c’est aussi se priver des saveurs subtiles infiniment variées qu’on y trouve : fruits jaunes, fleurs, fruits secs, brioche, herbe, humus, etc.

Commencer par des thés qui sont faciles à apprécier.

Si on attaque d’emblée par des puerhs cuits, là, c’est sûr qu’on risque de dégoûter l’enfant par la puissance des effluves animales… On peut toujours lui dire que c’est l’odeur de son doudou, mais je ne suis pas sûre qu’une infusion de nounours lui plaise !

En revanche, un oolong fruité tel qu’un Mi Lan Xiang, ou fleuri comme un Tie Guan Yin, un thé vert comme un sencha ou un Long Jing, sont très accessibles. Et si on a la chance de disposer d’Aiguilles d’argent, ce thé blanc fait de bourgeons duveteux, alors là, c’est le summum du luxe !

Et voir les feuilles s’ouvrir et se transformer au fil des infusions successives a quelque chose de magique…

Le servir comme s’il était un commensal adulte. Le prendre au sérieux. S’il est petit, une petite tasse est requise, c’est tout.

Quand je me prépare un thé, je demande à mes enfants s’ils en ont envie. En général, c’est ma ‘tite dernière qui est partante, ainsi que son frère (même s’il est rarement là maintenant).

Je commence par lui faire observer les feuilles sèches, les lui faire toucher, sentir… Puis on recommence avec les feuilles qui dansent dans l’eau. On admire la liqueur, ses nuances. On sent, les yeux fermés. Très important, l’odorat !

Enfin, seulement après tout ça, on goûte. Au début, elle avait tendance à boire trop vite parfois. Ce n’est pas grave ! Avec l’habitude, elle a compris qu’il faut prendre son temps.

J’essaie, avec elle, de trouver les saveurs et les arômes, les nuances de teintes dans la liqueur…

Bref, j’en fais un moment à part !

Euh… mais le thé contient de la caféine ! Je n’ai pas envie que mes enfants passent une nuit blanche ou deviennent accros au thé, au café, aux boissons pleines de caféine !

Moi non plus, rassurez-vous ! D’abord, le thé est réservé aux moments où nous sommes disponibles, c’est-à-dire le plus souvent le weekend ou pendant les vacances.

Il faut du temps pour prendre le thé, même sans y passer l’après-midi ou la matinée !

Donc ce n’est pas tous les jours, loin de là.

Ensuite, même ma ‘tite dernière ne partage pas systématiquement les moments de thé, elle n’en a pas forcément envie ou elle est occupée à autre chose de bien plus intéressant…

Elle n’a droit au thé que le matin ou en début d’après-midi, ce qui laisse à son corps le temps d’éliminer la caféine.

Et elle est limitée à une ou deux tasses de type tasse à expresso (dés à coudre, diraient certains). Je lui ai expliqué les effets de la caféines sur le sommeil, elle est très raisonnable. Enfin, pour ça.

Certains thés sont plus somnifuges que d’autres. Si si, ce terme existe, je viens de le vérifier. Et moi qui pensais avoir créé un nouveau mot, mon ego en prend un coup… Somnifuge : qui fait fuir le sommeil. Comme « vermifuge », qui chasse les vers. Bon appétit.

Les thés noirs sont peu conseillés. Les thés verts également. En revanche, les oolongs sont apaisants. Et voilà : on revient toujours aux oolongs !

Apprendre le thé, c’est développer son nez, son œil, son palais. C’est développer ses capacités d’observation et sa curiosité, son ouverture d’esprit. Ces qualités, ces compétences sont indispensables tout au long de la vie, non ?

Apprendre le thé à ses enfants ou avec eux, c’est aussi – surtout ? – partager un moment avec eux, créer des souvenirs.

Rien que pour cette raison, le thé est indispensable et devrait faire partie de l’éducation des enfants au même titre que le français, les math ou la natation !

 

Ma bouilloire chante & mon livre m’appelle… A bientôt !

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