La Roue de l’Année : Août.

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Je n’ai jamais aimé l’été, et le mois d’août encore moins.

Il fait trop chaud ; je déteste cette chaleur immobile, alourdie encore par le ralentissement général de la vie sociale et économique.

Les vacances en bord de mer ?

Très peu pour moi, merci. Je ne supporte pas de me faire bronzer, de recevoir du sable, de griller sur une plage bruyante et envahie par des enfants qui, inévitablement, crient et courent (c’est normal, ils font leur travail d’enfants). Je ne supporte pas les odeurs de frites, de crème solaire. Non, en réalité, ce que je ne supporte pas, c’est la vulgarité ambiante, comme si le bord de mer était l’endroit où le laisser-aller est un droit, voire un devoir.

Une plage bondée en été.(Source : Nice-Matin)

En montagne ?

Pourquoi pas, mais là encore, la chaleur et le soleil sont mes pires ennemis. Randonner ? Pourquoi pas, mais marcher sous le soleil, suer pour monter, ne pas avoir d’ombre, non merci.

(Source: www.france-montagnes.com)

Les taons, les guêpes, les moustiques… en plaine ou en altitude… sans façon…

Tout ce que j’aime faire, c’est me cacher du soleil et attendre qu’il soit presque couché pour sortir.

Je dois avoir du sang de vampire.Résultat de recherche d'images pour "vampire entretien avec un vampire" (Source : pinterest)

Je ne le répéterai jamais assez : j’aime les temps maussades, pluvieux, qui incitent à se calfeutrer avec un bon livre et un thé.

Je vais peut-être m’installer dans les Highlands ou en Islande !

Résultat de recherche d'images pour "highlands brouillard" (Source : pixabay)

Donc vous l’aurez compris, je n’ai jamais aimé août, interminable de langueur avant – enfin – le réveil de septembre et l’automne. Ah, l’automne, ma saison préférée !!

Mais août, je sais maintenant que c’est aussi la transition vers l’automne.

L’intersaison été/automne commence le 27 juillet. C’est ensuite, le 7 août (ou le 15, suivant les calendriers) que l’automne commence. Eh oui ! Pas le 20 septembre !!

Dès le 1er août, le festival païen de Lughnasadh ou Lammas donne le ton.

File:Corn for Sale - Sapanta - Romania.jpg (Source : wikipédia)

Si j’en crois Wikipédia, Lughnasadh signifie « assemblée de Lug », le dieu-roi, divinité majeure de la mythologie celtique. Il est considéré entre autres comme le père de la création. Lughnasadh honorait le roi en tant que redistributeur des richesses et d’équité, sous l’autorité des druides. C’était une trêve militaire qui célébrant la paix, l’amitié, l’abondance et la prospérité du royaume. Elle réunissait les trois classes (sacerdotale, guerrière et artisanale) de la société celtique.

Tricephale Carnavalet.jpgLe dieu Lug (Source : wikipédia)

C’est le premier festival de l’année consacré aux récoltes, avant l’équinoxe d’automne (Mabon, autour du 20 septembre), et Samhain (ou Halloween), entre le 31 octobre et le 1er novembre. Premières récoltes, donc.

La première récolte revêt souvent un caractère sacré, qu’elle soit agricole, alimentaire, ou sous forme des premiers résultats d’un projet.

C’est en effet l’assurance que d’autres fruits pourront être cueillis, qu’on sera à l’abri lors des mois d’hiver.

Ce sont les premiers signes de la concrétisation d’un projet.

C’est donc le moment idéal pour exprimer notre gratitude parce que la vie continue et continuera même pendant la mauvaise saison, et notre joie de voir les premiers signes de nos efforts payer.

Souvent, si nous sommes honnêtes, il nous faut reconnaître que nos efforts ne paient que si nous avons bénéficié d’une aide extérieure, même si nous ne nous en rendons pas compte sur le moment. Pour ce soutien aussi, c’est le moment d’être reconnaissants.

C’est un rappel de notre réelle dépendance vis-à-vis de la terre. Notre sentiment d’indépendance est illusoire : notre société est très fragile et vulnérable.

C’est le moment d’exprimer notre gratitude envers la Nature dans notre vie quotidienne, et la beauté qui nous entoure, même en ville.

Cette transition entre l’été et l’automne permet encore de profiter de l’extérieur, notamment pour partir à la cueillette des mûres…

Mûres (Source : marie-claire)

C’est aussi le mois parfait pour profiter du coucher de soleil et des étoiles filantes, des longues soirées en plein air.

A quoi voit-on que l’été finit mais que l’automne n’a pas encore commencé ? Au soleil qui, bien que brûlant en journée, se couche plus tôt, et se lève plus tard chaque matin. Sa lumière est d’ailleurs plus blanche, plus pâle.

C’est une période où fin et commencement se superposent.

On voit déjà les premières courges aux côtés des pêches et des melons.

C’est le temps des fêtes rurales (ou néo-rurales et pompes à fric, hélas).

Par exemple, en Angleterre, à Eastbourne.

Résultat de recherche d'images pour "eastbourne lammas festival"(Photo : Graham Huntley) Eastbourne Lammas Festival

Cette période indéfinie est propice aux essais de nouveautés, mais aussi de réflexion, d’introspection, de reconnexion. Le ralentissement caractéristique de la France en août n’est-il pas une excellente occasion, après tout, de prendre du temps pour réfléchir à sa vie ? Car la transition dans la nature est parallèle aux transitions dans nos vies.

Paradoxalement, cette célébration de la vie qui se manifeste dans les récoltes (vie de la terre, vie humaine qui pourra se perpétuer à travers la saison froide), est aussi une excellente occasion d’honorer les morts.

Une récolte ne peut se faire que par la mort des plantes qui nous nourriront.

D’autre part, quelle qu’ait été leur vie, quelle qu’ait été leur aide ou leur absence d’aide, nos ancêtres font partie de notre histoire et de notre construction personnelle.

D’ailleurs, en Chine et au Japon, c’est en août qu’on trouve des jours consacrés aux morts. On appelle cette fête O-Bon au Japon, et fête des fantômes en Chine. Fête bouddhiste, elle honore les esprits des ancêtres. C’est le mois où les portes de l’Enfer s’ouvrent, pour permettre à tous les fantômes de recevoir nourriture et boisson.

Allez, encore M.Wikipédia : La tradition veut que pendant cette période soient relâchés sur terre les esprits retenus dans les enfers parce qu’ils ne reçoivent pas de culte, ou ne peuvent trouver la paix pour cause de mort violente ou de mauvaise conduite. Ces « esprits orphelins et fantômes sauvages » se voient offrir des repas réconfortants et des cérémonies pour leur délivrance. Le mois des fantômes est considéré comme dangereux. En effet, outre le fait que les esprits non apaisés sont susceptibles de jouer de mauvais tours, leur nature trop yin est préjudiciable à la santé des vivants. C’est pourquoi, traditionnellement, on évite autant que possible pendant cette période les activités et endroits à risque ainsi que les évènements importants (mariages, déménagements, etc.).

(source: japan-actu) La fête des lanternes au Japon

Image(source : chineinfos.wordpress.com) La fête des fantômes en Chine

Dans l’Antiquité gréco-romaine, août était le mois où la colère, l’agressivité, et les désirs étaient amplifiés par la chaleur.

Les vagues de chaleur sont fréquentes en juillet-août. On parle de « canicule » depuis l’Antiquité. Quel rapport entre la chaleur et les chiens ? Ben oui, parce que « canicule » a la même racine que « canin » : canis, le chien, en latin. Comment ça, vous avez le cerveau qui bouillonne ?

Constellation du Grand Chien.

L’étoile la plus brillante en est Sirius, appelée autrefois Canicula (petite chienne) par Varron (écrivain, savant et magistrat romain, 116-27 avant JC). En Europe, du 24 juillet au 24 août, Sirius se lève en même temps que le Soleil, observation qui avait laissé penser que l’apparition de cette étoile provoquait les grandes chaleurs. Dans la Rome antique, le début de la Canicule était célébré par la fête de Neptunalia (le 24 juillet), car c’est à Sirius qu’on attribuait des effets déplaisants (maladies causées par la chaleur et hurlements des chiens) ; on tentait de conjurer l’influence néfaste de Sirius sur les moissons en immolant des chiens roux comme le soleil. La Canicule s’achevait par la fête de Vulcania, le 24 août.

Les pauvres chiens n’y étaient pour rien, on s’en doute. Mais Sirius – enfin, Canicula – était visible dans le ciel, et ces sacrifices permettaient d’apaiser le peuple, à défaut de vraiment calmer les chaleurs. Les orages si caractéristiques du mois d’août, n’aident-ils pas aussi à faire baisser la pression ?

(source : http://www.foudre-lefilm.com/alex-hermant-chasseur-de-lumiere-et-source-dinspiration/)

Finalement, le laisser-aller et la vulgarité si fréquentes en bord de mer ne sont peut-être que le reflet de notre côté animal qui essaie de se cacher le reste de l’année…

Alors, comment fêter Lammas/Lughnasadh ?

Cette fête emprunte autant au solstice d’été qu’à l’équinoxe d’automne pour l’ambiance. On peut donc recourir à des teintes chaudes, des jaunes, des orangés, plus proches des nuances automnales que précédemment. Les verts sont soutenus, les jaunes presque orangés.

Le tournesol était le symbole du solstice d’été, le souci est l’emblème parfait pour cette période.

(source : wikipédia)

Les premières courges côtoient les pêches, les figues et les noisettes…

Que lire ?

  • Lughnasadh, de Melanie Marquis. Une approche païenne de cette fin d’été, pour nous rappeler que notre calendrier et ses fêtes chrétiennes n’est pas le seul découpage du temps, loin de là.

 

 

 

  • La pédagogie Steiner-Waldorf à la maison, de Monique Tedeschi. Des idées d’activités avec les enfants de 3 à 7 ans. Ambiance nature garantie.

 

 

 

  • Le soleil des Scorta, de Laurent Gaudé. Solleone, le soleil-lion, « l’astre-tyran des mois d’été ». Ce roman se déroule dans le sud de l’Italie. Chaleur écrasante et mortelle, soleil qui dévore, désirs, vengeance, soif de revanche, superstition, poids des ancêtres et du clan… tout y est. Le roman idéal pour août.

 

 

 

  • L’importance de l’écologie et le rôle que chacun peut jouer, si minime soit-il : La part du colibri, de Pierre Rabhi.

 

 

 

  • En voyageant sans bouger (très important quand il fait chaud !) : Le port des marins perdus, de Tessa Radice et Stefano Turconi, roman graphique sur la seconde chance qu’on peut avoir.

 

 

 

  • En effectuant un voyage surnaturel et délirant : La pérégrination vers l’ouest, de Wu Cheng’en. En anglais, on l’appelle aussi Monkey (Singe). Ou comment les textes bouddhiques sont parvenus en Chine, en partie grâce à un singe aux pouvoirs surnaturels. Amateurs de rationnel et de sérieux s’abstenir.

 

 

 

  • Et pourquoi pas un voyage initiatique ?  Sa majesté des mouches, de William Golding, ou la survie difficile d’un groupe de garçons perdus sur une île déserte après un accident d’avion ; quand le vernis social « civilisé » s’efface et laisse place aux instincts et aux pulsions. Ou, beaucoup plus optimiste, Deux ans de vacances, de Jules Verne. Car Lammas c’est aussi la transition intime, la transformation.

 

 

 

 

  • Sirius, de Stéphane Servant. Dans un monde post-apocalyptique où tout se meurt, une jeune fille, Avril, et un petit garçon, Kid, tentent de survivre… Mais Sirius n’est pas seulement une étoile…

 

 

 

  • En camping-car, d’Ivan Jablonka. Les vacances familiales en camping-car de l’auteur pendant les années 80. Des souvenirs qui remontent, même si je n’ai jamais voyagé en camping-car. La place des ascendants et des ancêtres, un voyage dans l’histoire familiale.

 

 

 

Que boire ?

Et comme la chaleur donne soif, on peut rester sur un thé vert japonais infusé à froid…

ou un thé à la menthe très chaud, c’est encore plus efficace.

Mais puisque cette fin d’été est aussi un temps où la nature est généreuse, on peut aussi se tourner vers des oolongs comme les Mi Lang Xian, aux saveurs de fruits jaunes, et dorés comme un abricot…

… et on garde bien sûr les tasses de porcelaine ou les verres : légèreté et transparence évoquent la fraîcheur qui souvent, fait défaut, en août.

Ma bouilloire chante et mon livre m’appelle… A bientôt !

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