La Roue de l’Année : Mai, ou l’arrivée de l’été.

(Pour la version en anglais, cliquez sur le drapeau)

 

 

Il me semble avoir écrit sur l’équinoxe de printemps hier seulement, et déjà le 1er mai est passé. Depuis quelques jours, j’observe que le soleil est sur sa trajectoire estivale. Oui, je sais que c’est la Terre qui bouge, mais ce que je vois, c’est que les rayons du soleil éclairent différemment l’intérieur des pièces. D’instinct, je ferme les volets en fin d’après-midi pour ne pas être éblouie.

L’été est là. Si si. D’ailleurs, je n’ai rien inventé. Si, dans notre calendrier, il faut attendre le 21 juin pour que l’été débute officiellement, il n’en a pas toujours été ainsi.

Les origines du 1er mai et le début de la saison chaude : Floralia et Walpurgis

  • Chez les Romains, le festival de Floralia (27 avril – 2 mai) durait 6 jours en l’honneur de la déesse Flora, déesse de la fertilité, de la végétation et des fleurs. On semait des graines sur la terre nue, forcément monochrome, pour aboutir quelques semaines plus tard, à une abondance de couleurs et de variétés. Ce festival voulait assurer la fertilité des récoltes, du bétail… et des humains. On lâchait d’ailleurs des lapins et des boucs, qu’on chassait, car ils étaient synonymes de fertilité. Comment ça, ça devient scabreux ? Les enfants ne naissent ni dans les choux, ni dans les roses, vous ne le saviez pas ?

(Le Triomphe de Flora, par Tiepolo  ; ca. 1743. Source : wikipédia)

    

  • Maintenant, si je vous dis 31 octobre -1er novembre, ça vous parle ? Vous allez sûrement me répondre : Halloween et, pour les pays catholiques, la Toussaint et le Jour des Morts. Chez les Celtes, durant cette nuit, le voile entre le monde visible et le monde invisible était au plus mince, et les mondes communiquaient.
    Six mois plus tard exactement, lors de la nuit de Walpurgis (30 avril – 1er mai) et la fête de Beltane (1er mai), il se produisait le même phénomène. Avec une différence importante : Samhain (rebaptisé Halloween) honorait les morts et favorisait l’introspection pour effectuer un bilan de l’année écoulée. Walpurgis célébrait les esprits de l’eau, de l’air, du feu et de la terre, les fées et les elfes, le retour de la vie à travers le contact avec la nature… et des danses endiablées ! (La nuit de Walpurgis. Source : www.welt.de)

 

(Source : wikipédia. Peintre : Edward Robert Hughes)

  • Le Jour de Mai est traditionnellement fêté par des danses autour du mât de mai, un mât qu’on recouvre de rubans de couleurs vives, tressés par les mouvements des danseurs. Les danses sont là pour réveiller complètement la nature, qui a parfois bien du mal à quitter sa torpeur hivernale.(Source : http://melimelodesptitsblanpain.eklablog.com)

Le cycle vie/mort/résurrection/vie est alors complet.

 

  • Si Samhain (Halloween et la Toussaint, puis le Jour des Morts) correspondait chez les Celtes à l’entrée dans la moitié froide et sombre de l’année, la nuit de Walpurgis (30 avril – 1er mai) et la fête de Beltane (1er mai) correspondaient au début de la saison chaude et lumineuse (même si le soleil est plutôt timide et qu’il fait encore assez froid pour mettre un pull).

Chez les Celtes, la nuit de Halloween marquait le début de l’année. Beltane était donc le milieu de l’année celtique, à mi-chemin entre le précédent hiver et le prochain. Il ne fallait ensuite que quelques semaines jusqu’au solstice d’été pour que la luminosité soit à son maximum.

Que ressent-on à cette époque de l’année ?

  • L’être humain, même en ville, calque ses activités sur la météo et non le calendrier officiel. C’est peut-être en cela que, encore maintenant, il est relié à la nature. Souvent, une force et une vitalité de plus en plus grandes se manifestent alors en nous. C’est le moment de se remettre en contact avec la nature si on a eu tendance à rester à l’intérieur pendant la période froide comme moi. C’est le moment de semer des graines, que ce soit au jardin, sur son balcon, sur sa terrasse, ou sous forme de projets. Ce n’est pas pour rien que les magasins de bricolage et de jardinage sont pris d’assaut !!

  • C’est le moment où les premiers produits de l’année apparaissent sur les étals (radis, navets nouveaux, jeunes carottes, herbes fines et fraîches). Le vert domine, d’abord acide, puis de plus en plus foncé et doux. Le jaune le soutient, le blanc adoucit l’ensemble, le rose lui donne de la vitalité et de la gaieté. L’envie est là de nourritures plus légères et de verdure ; ça tombe bien, les primeurs sont parfaits pour ça !

 

  • Si on peut désormais se passer de bottes de neige, moufles, écharpes, et autres accessoires indispensables contre le froid, on n’est pas non plus encore confiné à nouveau à l’intérieur par une chaleur trop intense. On peut vivre jour et nuit avec les fenêtres ouvertes. On peut sortir toute la journée sans pour autant redouter la brûlure et la violence du soleil du plein été.

Souvent, on éprouve d’ailleurs cette envie irrépressible d’être dehors : barbecues, balades à vélo, à pied, à dos d’âne ou de dromadaire… Dans mon cas, c’est de préférence près d’un plan d’eau ou d’un cours d’eau.

Eau, symbole de vie. 

 

 

 

  • On note que dès les premières manifestations estivales de douceur et de lumière, les parcs et les aires de loisirs sont envahis par des familles et des amoureux, pour des pique-niques et des barbecues.

Ah, les barbecues !! Une survivance de l’importance de la vie en plein air et du rôle du feu dans le quotidien autrefois ? Les Celtes avaient coutume de faire passer le bétail entre deux grands feux – à mon avis, il fallait insister un peu – pour le protéger des maladies et assurer la prospérité des troupeaux.Nach dem traditionellen Osterfeuer findet in Dallgow nun auch die Walpurgisnacht statt.(Source : www.maz-online.de) Beltane est aussi un festival où le feu est à l’honneur.

  • Une envie de rencontres et de rassemblements avec les gens qu’on aime. C’est LA période de célébration des mariages et fêtes de famille (la fête des mères tombe au mois de mai dans de nombreux pays). Si on y réfléchit, quel était le but premier du mariage ? Avoir des enfants. Quel est le rôle premier d’une maman ? S’occuper de ses enfants. Tout nous ramène à la maternité et donc à la fertilité.Car Beltane est la célébration de la fertilité à venir, prospérité du jardin, du bétail (pour les sociétés agricoles), et réussite future des projets qu’on commence. Eh oui, Aphrodite, Apollon, Pan, sont à l’honneur en ce mois de mai… avec leurs excès.

 

Le début de la saison chaude peut être timide, hésitant, ou tonitruant et éblouissant. Mais, à partir de mai, et plus particulièrement du 15 mai, l’été est là. Les journées sont vraiment de plus en plus douces, voire chaudes, les soirées de plus en plus longues…

Le symbole du 1er mai : le muguet

Cette fleur s’épanouit vers fin avril ou début mai suivant les endroits, un symbole de la saison chaude et un porte-bonheur.

En un mot : Mai est la célébration de la Vie sous toutes ses formes.

  • Fertilité : la fertilité n’est pas que biologique. Elle est l’aptitude à donner naissance et donc vie à quelque chose, que ce soit un enfant ou un projet.
  • Kokopelli est l’esprit de la saison. Chez les Amérindiens, il représentait la fertilité, la joie, la fête, la longévité. C’était un ménestrel, un esprit de la musique, un conteur, un faiseur de pluie, un guérisseur, un enseignant, mais aussi un magicien farceur, et… un séducteur. Le son de sa flûte annonçait sa venue, et à son départ, croyait-on, les récoltes étaient abondantes, et de nombreuses femmes, enceintes. Sa crête, rayons de soleil ou plumes, symbolisait le monde des esprits. Sa bosse contenait des graines, des plantes, des bébés : la vie. Semant, chantant et jouant de la flûte, il apportait le souffle de la vie. Il parlait au vent et à la pluie, il amenait la chaleur après le froid. Il incarnait la pureté et la spiritualité de la musique, offrant bonne fortune et spiritualité à celui qui l’écoutait. Son message était simple : ne pas prendre la vie trop au sérieux.Kokopelli(Source : www.arizona-dream.com)

Comment célébrer l’arrivée de la saison lumineuse ?

  • Que lire ?

>pour en apprendre plus sur les arbres : La vie secrète des arbres, de Peter Wohlleben

>pour des idées d’activités avec de jeunes enfants : La pédagogie Steiner à la maison, de Monique Tedeschi

>pour jardiner sans se tuer à la tâche : Mon jardin du moindre effort, de Sandrine Boucher et Alban DelacourMon jardin du moindre effort

>sur les joies parfois grinçantes de la famille, puisque mai et juin célèbrent le mariage et les parents : Une famille explosive, de Yan Ge

>sur la passion et ses excès, l’énergie amoureuse étant au plus haut : Belle du Seigneur, d’Albert Cohen

>sur l’ouverture vers autrui, la rencontre, et l’amour inattendu : La dernière conquête du Major Pettigrew, d’Helen Simonson

>sur ce monde invisible et pourtant si proche de nous à ce moment-là : Alice au pays des merveilles, de Lewis Carroll (Source : wikisource.org)Alice par John Tenniel 25.png

  • Que boire ?

C’est l’époque des premières récoltes de thé de l’année… autant en profiter ! Du thé jeune, plein d’énergie, de minéraux, pour apprécier la verdeur de la saison !

Pour la légèreté et la fraîcheur, on privilégiera les thés verts :

pour les amateurs de thé chinois, un Long Jing, naturellement doux et sucré

 

pour les fans de thés japonais, un sencha, végétal et iodé

pour les amoureux de l’Inde, un darjeeling (Inde) first flush, fin et raffiné

 

Note : On peut infuser ces thés à une température inférieure à la température habituelle.

  • Quels ustensiles et quels matériaux ?

On range définitivement le grès pour ne garder que des matériaux légers, fins, évoquant la fraîcheur : la porcelaine et le verre.

Le kyusu en terre claire est idéal, ou un gaiwan.

On s’équipe, si ce n’est déjà fait, d’un pochon matelassé à compartiments, pour emporter son service nomade.

On favorise des bols ou tasses de petite contenance, évasés, ouverts, car il n’est plus nécessaire de garder longtemps la chaleur. Plus besoin de réchauffer ses mains autour d’un bol, on le tient à trois doigts très légèrement.

  • Que faire ?

On sort et on prend le thé en plein air, bien sûr !

Un thermos d’eau chaude, un filtre réutilisable ou un gaiwan, une ou plusieurs petites tasses, un tissu pour faire une nappe, et le tour est joué ! Le tout tient dans un petit sac à dos.

 

 

 

 

On fait le plein de soleil avant qu’il ne fasse trop chaud, à vélo, à pied, en ville aussi bien qu’à la campagne ou en montagne, ou simplement en s’installant dans un parc. Et si certains passants sont surpris de ce salon de thé improvisé, ce peut être un excellent moyen d’engager la conversation !

 

Je vous laisse, ma bouilloire chante et mon livre m’appelle…

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