La quête du thé. Malaise

« Carnet de route dans le Xishuangbanna »

Photos et textes : Pablo Nunez-Soler

Dessins : Cyrille Pomès

Conception et réalisation graphiques : Catherine Pruvost

Editions : Gramond-Ritter, collection Carnets vagabonds, 2007

 

xishuangbanna

(Source : www.chinahighlights.com)

Un carnet de voyage en compagnie de Mme Tseng, de la Maison des trois thés, à Paris.

Mme Tseng, appelée aussi « Maître Tseng » parce qu’elle est maître de thé (c’est l’appellation officielle), est la propriétaire d’une maison de thé à Paris, la Maison des Trois Thés. Je n’y suis jamais allée, je ne peux donc pas vous donner mon avis. Ce que j’ai pu lire de cet établissement est assez contrasté : la plupart des avis reconnaissent la qualité des thés servis et l’expertise des serveurs ; en revanche, si certains apprécient le côté « connaisseur », d’autres déplorent ce qu’ils considèrent comme du snobisme et un mépris pour les autres maisons de thé… Je n’entrerai pas dans ce débat dans cet article.

Les photos de l’établissement me donnent vraiment envie d’y aller. Ce qui me freine : les prix ne sont publiés nulle part. En général, c’est plutôt le signe qu’ils sont élevés…

Mme Tseng n’échappe pas à ces avis assez divergents. Peut-être est-ce pour cette raison qu’elle a fait appel aux auteurs de ce carnet de voyage pour l’accompagner lors d’un de ses voyages en Chine, quand elle va sélectionner du thé.

Cherchait-elle à faire découvrir la réalité de son métier, loin des comptoirs de bois et de l’atmosphère apparemment feutrée de son établissement ? Pour montrer qu’elle connaît toute la filière du thé, et pas seulement depuis le confort de son bureau français ?

Peu importe, en fait.

Le résultat est encore pire à mes yeux.

« Madame Tseng n’aime pas trop qu’on la filme. Son ego n’a pas besoin de cela… » Ah. Et pourtant, on la voit souvent dans ce carnet, Mme Tseng. Et qu’on ne vienne pas me dire que la publication s’est faite sans son consentement !

« Notre présence est un lourd handicap pour Mme Tseng. La présence de la caméra risque de faire monter les prix… » Il fallait peut-être y réfléchir avant, non ?

Ce carnet aurait pu malgré tout être un magnifique moment en Chine, sans les photos de la personne de Mme Tseng, qui n’apportent rien. Et quel intérêt de savoir que c’est la première fois qu’on voit Mme Tseng en jeans et ti-shirt, ou qu’elle a passé une bonne nuit, ou qu’elle est en bonne forme physique ?

Elle aurait pu être l’auteur du texte, si vraiment elle n’aime pas être prise en photos… Elle aurait pu alors, sans dévoiler les secrets des transactions avec les producteurs de thé, expliquer plus en détail comment elle choisit le thé, ou comment le thé est élaboré après la récolte.

Ce qui me m’a mise en colère, c’est la pauvreté matérielle de cette région rurale de la Chine où Mme Tseng achète son thé, qu’elle revend très cher. Commerce inéquitable. Oh, je ne me fais pas d’illusion, je suis certaine que la plupart des autres maisons de thé agissent de la même façon.

Alors, peut-être que Mme Tseng achète le thé à des prix plus que corrects par rapport à d’autres acheteurs. Peut-être qu’elle mène parallèlement, en toute discrétion, des actions d’aide (je n’ai pas dit de charité) en faveur de ces villages. Peut-être. Si c’est le cas, alors elle est réellement discrète sur sa vie. Sinon, elle profite vraiment de la pauvreté…

Pour enfoncer le clou, un kilo de thé a été adjugé aux enchères en Chine, voilà quelques années, à 872 000 euros. Et non, il n’y a pas d’erreur de zéro. C’est Mme Tseng, sur demande du gouvernement chinois, qui a mené les enchères.

J’aimerais aller un jour à la Maison des Trois Thés et rencontrer Mme Tseng en personne. Mais pour le prix de ce moment, je suis sûre que je pourrais m’offrir beaucoup de thé acheté ailleurs, alors, je me passerai de cette visite.

Je regarde maintenant mon thé d’un autre œil. Non, je ne vais pas arrêter d’en boire. Mais je ne cache pas que les tasses qui ont suivi cette lecture avaient un goût amer qui n’était en rien dû à une infusion mal contrôlée…

Je le bois maintenant avec moins d’indifférence, sachant les conditions de vie des gens qui l’ont produit.

Je vous laisse, ma bouilloire chante & mon livre m’attend…

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