Choc.

 

Titre : Un bonheur que je ne souhaite à personne

Auteur : Samuel Le Bihan

Editeur : Flammarion, octobre 2018

Lundi 28 janvier, 20h00.

J’ouvre Un bonheur que je ne souhaite à personne, de Samuel Le Bihan. Je pars avec un a priori négatif : un roman écrit par un acteur ? Ben oui, quand on est acteur, on ne peut pas être autre chose, non ? Et puis, ça fait quand même penser à une opération promotionnelle, du genre « regardez, je ne suis pas qu’une belle gueule et un bon acteur, je sais aussi écrire, donc me servir de ma tête » (Même s’il est vrai qu’il n’est pas mal, physiquement ; pour ce qui est du talent, je ne saurais dire, dans la mesure où je n’ai vu aucun de ses films… J’assume mon ignaritude.) Je me suis même demandée, avant de le lire, si le livre avait vraiment été écrit par lui, Samuel Le Bihan. Ce que je trouvais gênant : le bandeau qui met en avant le nom de l’auteur pour faire vendre. Parce que Flammarion n’est pas une entreprise philanthropique, c’est un éditeur, donc un commerçant.

Lundi 28 janvier, 22h30.

Ben, mea culpa. Mea magna culpa. Mea maxima culpa. Mes plus humbles excuses à M. Le Bihan.

Je n’ai pas pu fermer le livre avant la fin. J’ai eu mal avec l’héroïne, je me suis mise en colère en même temps qu’elle, j’ai senti son désespoir, son ras-le-bol, sa colère, sa détermination. J’ai attendu avec angoisse la réponse de l’institution à sa demande de scolarisation et d’AVS pour son fils autiste.

Et j’ai pris une claque d’autant plus grande que je me suis toujours située de l’autre côté : l’école.

Je n’ai jamais eu d’enfant autiste dans ma classe, dans ma vie précédente. J’ai juste eu une enfant polyhandicapée (en fauteuil roulant, amblyope, ne pouvant se servir que d’un bras, et partiellement) et un enfant déficient (un développement de 3 ans dans un corps de 6 ans). Et je peux dire que j’étais tellement fermée que je n’ai pas cherché à me former. Heureusement que les AVS (Auxiliaires de Vie Scolaire) qui accompagnaient ces enfants étaient à la hauteur de leur tâche, ce qui n’est, hélas, pas toujours le cas. Pourquoi ? Parce qu’on confie très souvent ces enfants à besoins spéciaux à des adultes qui, eux-mêmes, auraient besoin d’être épaulés pour reprendre leur vie en main.

Quant à l’institution scolaire française et aux enseignants, à de rares exceptions, ils ne sont pas prêts à accepter le handicap, quel qu’il soit.

Déjà que le handicap physique, c’est compliqué, n’est-ce pas ? Ben oui, il faut prévoir, suivant le cas, un transport adapté, des sorties accessibles, vous ne vous rendez pas compte !! Alors le handicap mental, comme la déficience et l’autisme, c’est encore pire ! Ben oui, difficile de communiquer avec un enfant déficient, et encore plus avec un autiste, par définition, vous ne croyez pas ?

Et puis, l’école française n’est pas là pour ça. L’école française est pour tous les enfants, c’est-à-dire pour tous les enfants qui rentrent dans un certain moule. Et puis, faut être ré-a-lis-te, ma brav’dame, mon bon meussieu : à quoi ça sert, de scolariser des enfants qui, de toute façon, seront à la charge de la société toute leur vie ? De scolariser des enfants qui sont incapables d’apprendre « à lire, à écrire, à compter » ? Et finalement, à quoi ils servent, ces enfants-là ?

Pour les autres, la grande majorité des familles qui n’ont pas obtenu de place à l’école, elles n’ont qu’à se débrouiller comme elles peuvent, avec l’impact qu’on peut imaginer : impossibilité pour un des parents, voire les deux, de travailler, car s’occuper d’un enfant handicapé est un travail à plein temps, épuisant et non rémunéré ; certitude terrifiante que le handicap n’aura pas disparu le jour où les parents ne seront plus là pour l’enfant devenu alors adulte ; impact sur la fratrie qui vit le handicap au quotidien aussi.

Et la loi de février 2005 sur l’inclusion scolaire ?

Elle a bien du mal à être appliquée. Par manque de moyens (locaux et équipements adaptés, personnel supplémentaire formé, etc) ? Oui, ne le nions pas. Mais surtout, par manque de volonté de l’institution et de la plupart de ses membres, à tous les niveaux.

Alors, oui, on m’objectera qu’avoir un enfant handicapé est une fââââââbuleuse opportunité d’apprendre la vie, la tolérance, l’ouverture d’esprit, la débrouillardise, de développer de merveilleuses compétences pratiques, juridiques, humaines, gna gna gna.

Alors, oui, on m’objectera qu’avoir un enfant handicapé est tout de même avoir un enfant, et que cet enfant est une source de joie et d’amour. De bonheur.

Oui.

Mais, avoir un enfant handicapé, différent, particulier, c’est un bonheur que je ne souhaite à personne.

M. Le Bihan, vous vous décrivez comme privilégié car vous avez pu rapidement trouver les bonnes personnes pour aider votre fille. Je pense que votre notoriété a pu vous aider, certes.

Mais, M. Le Bihan, je vous adresse mes respects, car vous auriez pu vous contenter de placer votre fille dans un établissement, et la plupart des gens l’auraient compris et accepté.

Je ne sais ce que vous pensez de Lino Ventura en tant qu’acteur, mais vous me faites penser à lui en tant que personne.

Alors, M. Le Bihan, votre roman restera pour moi comme un choc salutaire, et qu’il aidera à la prise de conscience de la réalité du handicap aujourd’hui. D’ailleurs, peut-on parler de roman ?

Merci pour cette claque.

 

 

 

 

 

 

 

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