Mandarine de puerh.

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Vu les frémissements printaniers que nous avions depuis le début de janvier, je pensais sortir des thés moins hivernaux. Mais avec l’arrivée de la neige hier après-midi et le froid de ce matin, j’ai décidé de laisser les oolongs au placard, et de parler d’un thé qui m’intrigue depuis longtemps : le thé puerh conservé dans un agrume.

La mandarine de puerh que j’ai achetée vient d’Evol Tea, un magasin de Chambéry qui ne vend que des thés bio. Ming, le vendeur chinois, m’a expliqué en détail comment préparer ce drôle de thé, et ses propriétés.

Quand on ouvre l’emballage en papier, on se trouve devant une petite boule vert brun, dure et sèche, de la taille d’une grosse bille.

 

Comment est-elle préparée ? Avec quel thé ?

Une mandarine (fruit chinois à l’origine) est creusée de façon à retirer la chair sans abîmer l’écorce, comme on le fait pour les tomates farcies en France. On remplit ce contenant avec du puerh de 3 ans non compressé, le thé sombre (fermenté) du Yunnan, et on laisse vieillir au moins un an de plus avant de consommer.

Mais attends, Nanook, tu dis que tu ne veux parler que de thés nature ?!

Oui, et je ne crois pas dévier trop de ma route, puisque ce thé n’est pas aromatisé par des pulvérisations de parfums synthétiques, mais qu’il est associé avec de l’écorce de mandarine. Le parfum ne viendra que de l’ajout de l’écorce de mandarine, car le thé seul n’en a pas pris le goût.

D’autre part, c’est une recette très ancienne semble-t-il. Pourquoi ne pas tester ce qui se fait depuis longtemps dans le pays d’où le thé est originaire ?

Et rien que le nom me fait rêver. Il n’y a pas que les livres qui content, n’est-ce pas ?

Des propriétés particulières.

Surprise : j’ai eu l’impression en le buvant que ça me faisait du bien à la gorge. Après vérification, en médecine traditionnelle chinoise, on utilise l’écorce de mandarine séchée pour soigner… le mal de gorge !

Quant au puerh, il est utilisé en Chine pour aider à la digestion après un repas copieux.

Comment l’infuser.

En gaiwan, un tiers de mandarine (soit environ 4 gr, écorce et thé) pour 10 cl d’eau bouillante.

Ci-contre : un gaiwan, THE couteau suisse du thé chinois. Indispensable, à mon avis, si on veut explorer le thé.

 

 

 

 

Attention ! Quand on coupe la mandarine, le thé s’éparpille, car il n’est pas compressé à l’intérieur. L’écorce sèche est logiquement dure et cassante. A faire sur une planche ou un plateau. Le reste (écorce et thé) se remballe dans le papier d’origine.

Première infusion : quelques secondes, juste pour rincer le thé. On jette cette eau.

Seconde infusion : 1 minute.

Infusions suivantes : plusieurs minutes, on peut même le boire directement au gaiwan, c’est-à-dire en laissant les feuilles dans l’eau. Aucune amertume n’apparaît.

J’ai pu l’infuser 5 fois de suite !!

Et alors, ça a quel goût ?

Un goût qui évolue bien sûr au fil des infusions. Le plus intéressant et le plus surprenant est la place croissante que prend la mandarine sur le devant, tandis que le puerh, cuir et terre, reste en arrière-plan.

Je me dis que ce thé facilite la découverte du puerh cuit, pour ceux qui seraient rebutés par le goût d’humus si caractéristique.

Première infusion, qui est en réalité la seconde, puisque la première sert uniquement à rincer les feuilles : on est dans le puerh jusqu’au cou – terreux, humux, cuir, etc. De quoi se demander quel est l’intérêt d’enfermer le thé dans un fruit si on ne sent même pas le goût du fruit en question… Encore un attrape-nigaud ?

Et puis, au fil des infusions, la mandarine se manifeste, d’abord timidement, puis s’affirme de plus en plus, jusqu’à voler la vedette au thé. A moins que ce ne soit ce dernier qui, bon prince, lui laisse la place…

Au bout de 4 à 5 infusions en gaiwan (10cl, 4gr de thé et d’écorce), les partenaires dansent une valse des plus plaisantes.

Le thé est la toile de fond, l’astringence de l’écorce de mandarine reste longtemps dans la bouche, mais c’est la présence du thé qui évite l’écœurement.

L’acidité de la mandarine et la douceur du puerh s’équilibrent.

Force et finesse, douceur et acidité… un beau couple.

Conclusion : avec quel livre l’accompagner ? Pour quelle saison ?

Avec quelles lectures ? Je regarderais du côté de la littérature chinoise, des récits proches de la terre, ou de la poésie. Pour le moment, aucun titre ni auteur ne me vient à l’esprit, mais je vais continuer mon exploration de ce monde incroyable.

Pour quelles saisons ? Disons plutôt, pour quel temps ? Froid, un peu humide mais avec le soleil qu’on devine derrière les nuages. Pour des jours froids, quand on a besoin de réconfort, et qu’une promenade en forêt n’est pas possible.

Pour l’hiver, la saison des agrumes.

Parce qu’on veut se faire une douceur.

Pour le soir. J’en ai bu le soir, et je n’ai pas eu de problème pour m’endormir. La mandarine a même un effet apaisant.

 

Je vous laisse, ma bouilloire chante & mon livre m’appelle…

 

 

2 thoughts on “Mandarine de puerh.

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