Du thé d’hiver pour Pékin.

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Du thé d’hiver pour Pékin

Auteur : Liu Xinglong

Editions : Bleu de Chine, 1997

Cela fait plus d’un an que j’ai envie de présenter ce court roman (118 pages) de Liu Xinglong. Non parce que je suis fan de cet écrivain – je n’ai rien lu d’autre de lui, ni avant, ni depuis -, mais parce que l’histoire relève de la farce triste et rappelle en passant que le thé, ce sont aussi des vies humaines.

 

C’est non seulement le titre qui a attiré mon regard, mais, avant lui, la couverture.

C’est une reproduction partielle d’un tableau du peintre chinois Tang Zhigang, de la série « Les enfants à des meetings ».(Photo : www.ravenel.com)

 

Les scènes représentent des situations de la vie politique ou économique chinoise, dans lesquelles tous les personnages sont des enfants. Est-ce les enfants qui singent les adultes, ou les adultes qui se comportent comme des enfants ? L’ambiance hésite entre le grotesque et le pathétique…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais revenons au livre…

C’est le style qui m’a fait continuer : haut en couleurs, truculent, qui ne s’embarrasse ni de langue de bois ni d’allusions poétiques aux choses de la vie et de la nature. On est à la campagne, dans un tout petit village, les gens vivent comme ils peuvent, ils souffrent de la teigne, ils chient, ils pissent, ils ont des rapports sexuels, ils jouent au mah-jong des nuits entières, ils boivent, ils fument, ils mangent. Le raffinement et le politiquement correct sont à des années-lumière de leur existence : ils doivent survivre, pris en étau entre les exigences des étages supérieurs de la structure politico-bureaucratique du pays et la réalité de la vie agricole.

Scène de village. (Photo : footage.framepool.com)

 Une maison de thé et son propriétaire (Photo : www.telegraph.co.uk)

Maison de thé traditionnelle, pas du tout destinée aux touristes.

Que faire, alors, quand on reçoit l’ordre de cueillir du thé sous la neige ?

Ordre aberrant. L’hiver est la période de repos des théiers, dont ils ont un besoin vital pour produire de nouvelles feuilles au printemps. Cueillir des feuilles sous la neige, c’est abîmer les rameaux et risquer de les voir geler si le froid survient peu après. La récolte du printemps, ou, pire, les théiers, seront alors tout ou partie perdus…

Photo taken on Jan. 25, 2016 shows the scenery of a tea garden after snowfall in Emeishan, southwest China's Sichuan Province. (Xinhua/Jiang Hongjing)Des théiers sous la neige… Qui aurait l’idée de cueillir du thé ? (Photo : www.prokerala.com)

Et quand on sait qu’il faut plusieurs années avant qu’un théier donne sa première récolte, on comprend mieux la charge insurmontable qui incombe au malheureux tout petit chef du tout petit village qui doit faire appliquer cet ordre. Et pourtant, il n’a pas le choix : l’ordre vient de son supérieur, qui cherche, par ce présent unique, à plaire aux étages encore plus supérieurs pour monter en grade.

La charge est d’autant plus insurmontable que les seuls théiers qui semblent convenir pour ce thé unique, sont ceux du père du tout petit chef du tout petit village, un vieux monsieur qui les couve avec amour…

Publié voilà 22 ans, ce roman dépeint une Chine où les responsables sont corrompus, où les petits souffrent, où la seule chose à faire pour ne pas s’attirer d’ennuis est de se soumettre à plus haut placé que soi.

Pour autant, l’histoire ne sombre ni dans le misérabilisme, ni dans la propagande à la gloire des masses laborieuses qui combattent des élites pourries afin de les remplacer par des dirigeants qui auront réellement à cœur l’intérêt du peuple. L’humour est présent dans le style et dans les scènes. Et le thé, bien sûr. Vert, ordinaire, servi à la chinoise : quelques feuilles dans un grand verre d’eau chaude ou une grande tasse à couvercle. Rien de raffiné, rien de compliqué. Pragmatique et rustique. On est bien loin de la délicatesse du Gong fu cha, avec ses minuscules théières, ses bols encore plus petits, et ses thés fins !

Les personnages sont-ils lâches ? Non, ils essaient de survivre. Tous sont égratignés, car tous sont humains.

Pour accompagner cette lecture, rien de tel qu’un thé vert chinois comme le Long Jing, quelques feuilles jetées dans un grand verre d’eau chaude, ni bouillante ni tiède !

Bonne lecture ! Je vous laisse, ma bouilloire chante & mon livre m’appelle…

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