La pédagogie Steiner à la maison.

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Auteur : Monique Tedeschi  

Editeur : La Plage, 2018

Site de l’auteur : Chant des Fées

Il ne s’agit pas de littérature, ni de thé, ni de céramique. Alors, pourquoi présenter cet ouvrage sur ce blog ?

La question est mal formulée : si je le présente, c’est que j’en ai envie. Point.

Donc, la vraie question est : en quoi le contenu de cet ouvrage m’intéresse-t-il ?

D’abord, parce qu’il est beaucoup question des saisons, et vous savez, vous qui me suivez depuis le début, que c’est le cycle des saisons qui m’inspire et me porte. Si vous l’ignoriez, cette lacune impardonnable est maintenant réparée. Pour en savoir davantage sur l’importance de la saisonnali-thé (euh, Nanook, tu s’rais pas un peu fatiguée ??), je vous renvoie à cet article (adapter ses lectures & ses thés à l’ambiance de la saison), ainsi qu’à celui-là (le calendrier de la nature).

Ensuite, parce qu’en plus des trois domaines qui m’ont conduite à créer Thé.Livre.&Co (les textes, les thés, les tasses, dits « les 3T »), la pédagogie m’intéresse énormément et en particulier ce que proposent les mouvements « alternatifs » comme Montessori et Steiner-Waldorf.

Première précision : le terme « alternatifs » me déplaît. Il est mis à toutes les sauces, il suffit que quelque chose sorte un peu des sentiers battus pour être qualifié d’alternatif. C’est certes mieux que « minoritaire », qui insiste sur la dérisoire place de l’objet par rapport au courant dominant ; mais pourquoi ne pas, tout simplement, ne pas avoir de terme spécifique, mais dire que les pédagogies, explicite, Freinet, Montessori, Steiner-Waldorf, et autres, sont des manières d’enseigner, et des visions de l’enfant ?

Ces pédagogies sont aussi appelées parfois « innovantes », ce qui peut donner à penser que la pédagogie classique, celle qu’on trouve le plus souvent dans les classes françaises, serait sclérosée ?? Mmmm…

Pourquoi leur donner un nom particulier ? Par besoin humain de classer, de situer ? Ou par obsession de ce qui est « bien », c’est-à-dire recevable car accepté par ceux qui définissent les politiques d’éducation (en fonction de leur vision du monde), en opposition avec ceux qui essaient d’apporter autre chose que des compétences purement utilitaristes ? Zut, j’ai employé « autre chose », ce qui revient à « alternatif ». Finalement, le terme n’est peut-être pas si inadapté.

Bon. Reprenons.

J’ai découvert la pédagogie Steiner-Waldorf il y a plusieurs années, de même que la pédagogie Montessori. J’essaie de les appliquer un peu à mes enfants, pour leur apporter une vision moins… ennuyeuse des notions, plus vivante & mieux reliée à la réalité de la vie (même si l’imparfait du subjonctif, je vous l’accorde, c’est un peu loin du quotidien). C’est aussi la raison pour laquelle je zieute-zieute* les sites créés par des familles pratiquant le homeschooling ou IEF (instruction en famille), vulgairement appelée école à la maison. Non, l’IEF n’est pas que l’école à la maison, ce n’est pas seulement transporter une salle de classe chez soi, c’est un projet de vie global, qui touche tous les aspects de la vie familiale et tous les membres, même ceux qui ne sont pas chargés de l’enseignement à proprement parler. Car, quand on choisit l’IEF, on choisit un mode de vie.

Il y a des milliers de raisons d’instruire ses enfants chez soi, en famille. C’est mal vu en France, où ce choix donne souvent l’impression d’un repli frileux contre la société. D’un autre côté, quand on voit la société telle qu’elle est, elle ne donne pas forcément envie de s’y mêler !! Mais on peut vouloir instruire soi-même ses enfants pour leur transmettre des valeurs qui ne sont pas celles de l’école, ou parce que l’école telle qu’elle est ne convient pas à nos enfants, que cette institution a la souplesse de manœuvre d’un super tanker, les capacités de changements d’un caillou.

Et voilà, je m’égare à nouveau, je digresse. Quand je vous dis que la pédagogie est un sujet qui m’est cher…

Je reviens – et j’essaierai de ne plus m’en éloigner – à l’ouvrage de Monique Tedeschi.

C’est très bête, mais c’est la couverture qui m’a attirée… Même pas honte, la photo est très belle ! Une petite fille – les esprits chagrins diront que c’est encore une blondinette, pas politiquement correct, n’est-ce pas ? Une enfant qui joue avec des feuilles d’automne, en pleine forêt, vêtue d’une belle robe de laine bouillie grenat et d’un bonnet assorti, qui a l’air épanouie… Bonheur, innocence, nature…

Et en automne !! L’automne, ma saison préférée !

Décidément, je sors du sentier, euh, du sujet…

Les points forts de cet ouvrage :

  • Présentation compréhensible de la pédagogie Steiner (origines, principes, mise en place). Pas de jargon pédagogique ou psychologique.
  • Approche très souple : la pédagogie n’est pas un culte, mais un outil qui vise à l’épanouissement de l’enfant en même temps qu’à son instruction. Pas de prosélytisme pour une spiritualité en particulier, mais un encouragement à adapter cette pédagogie à sa propre famille selon les croyances de chacun.
  • Il est le résultat d’années de pratique : l’auteur instruit ses jumelles depuis leur enfance (elles ont maintenant 14 ans). Elle sait de quoi elle parle.
  • Des idées pour ne pas se ruiner en matériel « Steiner/Waldorf », souvent trèèèèèès cher, non seulement parce qu’il est fait de matériaux naturels (bois, soie, cire, argile, etc), mais aussi, ne nous le cachons pas, parce qu’il a un côté bobo, qui va d’ailleurs à l’encontre des préconisations du fondateur Rudolf Steiner : faire avec les moyens du bord.
  • La possibilité de se servir des idées de l’ouvrage pour appliquer cette pédagogie… dans une classe, et pas seulement une classe Steiner-Waldorf, mais dans n’importe quelle classe de n’importe quelle école maternelle publique ou privée sous contrat.

Et, ce qui m’a vraiment plu :

  • La place accordée à la notion de rythme.

Rythmes quotidien, hebdomadaire, mensuel, annuel.

Rythme de l’enfant (pour de vrai, pas comme les horaires de classe!) et de l’adulte.

  • Le respect des saisons et la célébration des manifestations naturelles. Ça, c’est vraiment mon truc, depuis très longtemps ! Ça me rassure de voir que je ne suis pas la seule à accorder de l’importance au cycle des saisons.
  • La place centrale faite aux activités artistiques et manuelles, et tout ce qu’elles peuvent apporter à l’enfant et à leur enseignant-e.
  • L’importance des sorties quotidiennes et du contact avec la nature.

Bon, là, je dois reconnaître que, sur ces deux derniers points, j’ai du retard à rattraper !!

  • L’importance pour l’adulte enseignant (parent ou enseignant en classe, peu importe) de chercher, de s’investir, de se documenter, de réfléchir sur sa propre vie : quelle importance accorder à telle valeur ou à telle tâche ? Quels sont mes objectifs dans la vie ? Qu’est-ce que je souhaite transmettre et qu’est-ce que transmets réellement par mes actes ?
  • Des idées d’activités pour les plus jeunes, de 3 à 7 ans, pour démystifier cette pédagogie souvent décriée comme sectaire, contrairement à la pédagogie Montessori, hyper en vogue depuis quelques années en France. Pourquoi sectaire ? Parce que Rudolf Steiner était aussi passionné d’ésotérisme et de spiritualité, et qu’il a créé un mouvement appelé l’anthroposophie, synthèse de plusieurs courants religieux apparemment incompatibles (hindouisme, christianisme, paganisme germanique et scandinave). Le problème, en France, c’est qu’une approche non conventionnelle, c’est-à-dire non purement-athée-voire-anticléricale, est vite soupçonnée d’être la vitrine acceptable d’organisations manipulatrices de l’individu. Au nom de la liberté, restreignons la liberté de choix !!
  • Des plannings pour organiser l’enseignement à la maison, pour les repas, pour célébrer les festivals saisonniers.
  • Une liste de sites pour aller plus loin.

J’aimerais bien un ouvrage identique pour les 7-14 ans !

Il est frustrant de voir que la plupart des publications Montessori ou Steiner s’adressent aux enfants jusqu’à 6 ou 7 ans, et qu’au delà, il n’y a pas grand chose. Comme si, à partir de l’entrée dans la lecture, il était beaucoup plus difficile, voire impossible ou nuisible, de continuer une approche qui ne soit pas purement académique, intellectuelle ou abstraite… Du moins est-ce le cas en France, contrairement à d’autres pays qui ont une approche plus équilibrée des apprentissages, mais les choses bougent un peu, je le sens.

En éducation, j’ai une attitude pragmatique : ce qui fonctionne, on le garde ; ce qui ne fonctionne pas, on le laisse. Et peu importe la philosophie (enfin, y a des limites !) sous-jacente.

Sur ce, je vous laisse, ma bouilloire chante & mon livre m’appelle… Bonne lecture !

 

Note :

*mot inventé par ma plus jeune fille.

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