Lettre à Madame Nothomb.

Chère Madame Nothomb,

Les prénoms épicènes ne sont pas le premier de vos romans que je lis. Je vous ai découverte par Hygiène de l’assassin, qui m’a glacée : chaque page était une épreuve, mais il fallait absolument que je lise la suite. J’étais subjuguée par votre talent, votre style, votre imagination qui me paraissait sans limites.

J’ai ensuite dévoré Antéchrista, Robert des noms propres, Stupeur et tremblements, Le voyage d’hiver. J’ai acheté Les catilinaires, que je n’ai pas encore osé lire, tant le sujet me touche personnellement. Sans parler d’Antéchrista, qui me perturbe encore, plusieurs années après. D’une certaine façon, ce livre a été un miroir.

L’année dernière, j’ai lu Frappe-toi le coeur. J’ai, encore une fois, été sous le charme. Je me disais que l’intrigue aurait certes pu être davantage fouillée, les personnages davantage explorés. Cependant, j’avais l’impression que les vides mettaient en valeur les pleins, comme dans ces tableaux sumi-e où le blanc a autant d’importance que le noir.

Je me souviens avoir lu une de vos interviews (où ?) dans laquelle vous affirmiez qu’on reconnaît l’écrivain débutant à son obsession (c’est moi qui emploie ce terme, à défaut de retrouver le vôtre) de vouloir tout écrire. Si ma mémoire m’est fidèle, vous suggériez d’écrire, puis d’élaguer. De même que Coco Chanel conseillait, avant de sortir, d’enlever un des accessoires choisis. Elaguer, épurer.

Je me souviens avoir été d’accord avec vous : je suis adepte du less is more, du minimalisme.

Hier soir, j’ai lu Les prénoms épicènes. En 1h30. 90 minutes. C’est peu, mais ce n’est pas l’essentiel. Frappe-toi le coeur est vite lu aussi. Et la qualité d’un texte ne se mesure pas à sa longueur.

J’y ai retrouvé votre style qui me plaît tant, simple mais travaillé ; les prénoms un peu déroutants – un des plaisirs de vous lire : quels prénoms Amélie a-t-elle encore dénichés, cette fois ? – ; les relations humaines emplies de perversion ; la fin sans concession. Bref, du Amélie Nothomb.

Et pourtant, Madame Nothomb, cette fois, je ne vous ai pas retrouvée. Votre livre m’a paru une ébauche de ce qu’il aurait pu être. Bâclé, torché en vue de la rentrée littéraire. Trop vite, tout va trop vite dans ce livre, comme si vous aviez effectué votre pensum annuel… Je ne suis même pas restée sur ma faim. Cette histoire ne m’a pas semblé plausible, alors que, pris individuellement, aucun des faits que vous y exposez ne l’est. A côté, Le voyage d’hiver, où le héros s’apprête à détourner un avion par dépit amoureux, est un récit d’un réalisme total.

J’ai eu la sensation désagréable que vous étiez en perte d’inspiration, et que vous vous appuyiez sur une béquille, une structure et des ingrédients bien rodés, mais sans ce petit plus qui transforme une idée incroyablement loufoque en roman inoubliable.

Alors, Madame Nothomb, si vous avez besoin de repos, d’une pause, n’hésitez surtout pas ! Personne ne vous en voudra de vous éloigner de l’agitation éditoriale et urbaine. Voyagez, dormez, lisez, effectuez une retraite dans le monastère de votre choix, buvez du thé, laissez décanter ce que vous vivez. Et revenez avec votre inspiration, celle qui vous rend unique.

Nanook Buchdrachen

Je vous laisse, l’eau est chaude & mon livre m’attend…

 

 

 

 

 

2 thoughts on “Lettre à Madame Nothomb.

    1. Je ne sais pas, je n’ose pas l’affirmer. Ce peut aussi être une commande de l’éditeur : le Nothomb de la rentrée littéraire. Parce que depuis quelques années, une rentrée littéraire sans un livre de Mme N., c’est apparemment impensable.
      Si c’est le cas, c’est dommage.

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