De l’arbre à la tasse (5) : récolte manuelle ou mécanisée ?

(Source : slideshare.net)

La récolte se fait traditionnellement à la main, en particulier dans les plantations de thé les plus réputées. Cependant, pour diverses raisons, la mécanisation de la cueillette se développe, et cette évolution touche tous les aspects de la culture du théier.

La récolte manuelle.

(Source : youtube.com)

  • La paume dirigée vers le bas, on pince la tige entre le pouce et l’index et parfois le majeur avec le bout des doigts, mais jamais avec l’ongle, ce qui abîmerait la plante (utiliser les ongles ferait sortir la sève du thé, enlevant toute valeur aux feuilles). On tire d’un coup sec de l’avant-bras, du bras ou même des épaules. Cette technique protège les feuilles et les branches.
  • On jette les feuilles récoltées dans un panier porté sur le dos, et on recommence.
  • Un rythme s’établit : cueillir-lancer dans le panier-cueillir-lancer…
  • La théorie est facile à comprendre (une simple vidéo suffit), la pratique l’est nettement moins : choisir les feuilles d’un coup d’œil, récolter des deux mains pour augmenter le rendement, est une tâche qui demande une concentration sans relâche tout au long de la journée. Les cueilleurs et cueilleuses étant payés au poids de feuilles fraîches et en bon état, ils doivent aller vite, car les feuilles s’abîment rapidement, surtout par temps chaud.
  • La cueillette manuelle est la seule utilisée pour les théiers sauvages (plusieurs mètres de hauteur, forme irrégulière), les thés les plus fins (darjeeling, thés blancs chinois, gyokuro, sencha haut de gamme et tencha destiné au matcha, etc). 

La récolte mécanique.

Elle se développe depuis plusieurs années, et recourt à différents outils.

 

  • Cisailles.

    (Source : http://www.economynext.com) (Source : greenmylife.in)

  • Machine à cueillir pour un seul porteur, sur batterie électrique ou moteur thermique.

(Source : nation.co.ke)

  • Machine à cueillir pour deux porteurs, moteur thermique, lame de coupe de plus d’un mètre de long.

(source : aliexpress.com)

  • Tracteur.

(Source : williamestea.com)

Les limitations et les inconvénients de ces méthodes.

  • La cueillette mécanisée ne peut se faire qu’en plaine (des pentes trop importantes empêchent l’emploi de machines).
  • La sélection fine des feuilles est impossible : les machines actuelles ne peuvent voir le degré de maturité du bourgeon et des feuilles, critère pourtant déterminant pour la qualité du produit fini. Après la mousson, la qualité aromatique du thé est moindre, d’où des récoltes à la cisaille, destinées le plus souvent aux thés en sachets. Dans ce cas, l’état des feuilles a moins d’importance.
  • Les machines doivent être réparées et entretenues, d’où des coûts et des contraintes supplémentaires : le remplacement d’une machine est parfois plus difficile que le recrutement de main d’œuvre.
  • La pollution émise par les machines à moteur thermique se dépose sur les buissons.
  • Les feuilles sont davantage abîmées ; à terme, le rendement baisse, ce qui va à l’encontre du but recherché ! La récolte mécanique affaiblit les buissons et réduit à terme le rendement de 20 à 30 %.
  • Ces méthodes ne sont donc recommandées que lors des pics de récolte, sur de très grosses exploitations de plaine.
  • Les partisans de la mécanisation affirment que l’emploi des machines abîme les théiers parce que les plantations cherchent encore à reproduire à l’identique la cueillette manuelle. Ils arguent que la récolte mécanique doit entraîner des adaptations des champs aux machines (forme, largeur et hauteur des théiers en particulier, espacement entre les rangées d’arbustes) et demande une formation des cueilleurs. Je ne me risquerai pas à entrer dans ce débat…

Alors, pourquoi les employer ?

  • 80% des coûts de production sont fixes, et la main d’œuvre représente 50% de ces coûts de production. En Inde par exemple, les augmentations des prix des engrais, herbicides et pesticides, ainsi que la baisse de la demande à l’exportation du thé indien, l’ouverture du marché indien aux importations, une concurrence croissante du Kenya et de la Chine sur le plan international,rendent l’industrie du thé de plus en plus concurrentielle.
  • Parce que la main d’œuvre est rare et/ou son coût trop élevé (du point de vue des employeurs).
  • Parce que les feuilles étant fragiles et la période optimale de cueillette, étroite, il faut aller vite : 2 cueilleurs équipés d’une cueilleuse mécanique réalisent le travail de 15 ouvriers expérimentés qui récoltent à la main…

L’exemple d’un producteur majeur de thé, le Sri Lanka.

Le Sri Lanka est le 4ème producteur mondial de thé. Plus d’un million de personnes travaillent pour cette industrie, dont plus de 200 000 directement.

La récolte représente 50 à 60% des besoins totaux en main d’œuvre dans les opérations des champs, la cueillette à elle seule, 25 à 30% du coût de production du thé. Avec la raréfaction de la main d’œuvre, la mécanisation est donc de plus en plus utilisée.

Le tournant des années 1990 en Inde.

En 1990-91 est mise en place une politique économique appelée Libéralisation, Privatisation et Globalisation (LPG), qui crée une forte concurrence entre les entreprises. Les plantations de thé n’y échappent pas.

Le secteur va souffrir de deux aspects de cette nouvelle orientation : réduction des barrières douanières et baisse des restrictions des importations. Les industries, dont celle du thé, ont été forcées de diminuer leurs coûts pour rester compétitives et survivre. Depuis la fin du 20ème siècle, cette industrie fait donc face à une crise de survie. Les prix du thé ont connu une forte chute entre 1999 et 2006, et la compétition mondiale est de plus en plus rude. Les profits baissent, rendant les conditions de vie et de travail beaucoup plus dures. Les coûts salariaux représentant un des postes majeurs, ce sont eux qui ont été touchés le plus : salaires baissés ou versés irrégulièrement, promotions retardées, avantages sociaux supprimés… Le recours à la mécanisation permet de diminuer les coûts.

Le cas particulier du Japon.

La plus grande partie des plantations japonaises recourt à la récolte mécanique, à l’exception des thés les plus raffinés (gyokuro, sencha haut de gamme et tencha destiné au matcha).

 

La cueillette manuelle va-t-elle disparaître ?

Dans la plupart des pays producteurs, les jardins réputés préfèrent toujours la récolte manuelle, qui permet de n’abîmer ni les feuilles ni les buissons. Sachant qu’un cueilleur expérimenté peut ramasser au maximum 6 à 8 kg / jour de feuilles fraîches qui ne donnent que 1,2 à 2 kg de thé fini, on comprend au passage mieux le prix de certains thés haut de gamme.

La récolte manuelle est donc choisie quand une plus grande qualité de thé est requise, ou quand les coûts de la main d’œuvre ne sont pas prohibitifs.

Les thés les plus fins étant souvent cultivés sans pesticides et engrais de synthèse, l’emploi de machines à moteur thermique polluant ruinerait ces efforts.

Dans certains cas, la récolte ne peut être que manuelle : comment ramasser des feuilles sur des théiers sauvages de plusieurs mètres de hauteur, ou sur des pentes raides ? La cueillette manuelle n’est donc pas condamnée, mais il est certain que la mécanisation ne disparaîtra pas non plus. Ces deux modes (mondes ?) vont continuer à cohabiter.

Une fois récoltées, que deviennent les feuilles ?

Je vous en parlerai dans un prochain article. En attendant, je vous laisse, ma bouilloire chante & mon livre m’appelle…

 

Sources :

wikipedia

hibiki-an

Journal of Tea Science Research

www.worldteanews.com

www.japanesegreenteain.com

www.myjapanesegreentea.com

tea-plucking.blogspot.fr

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